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Publié par LeSage88

La question posée dans un précédent billet, à savoir "pourquoi jouons-nous au poker ?", avec l'invitation au débat avec les autres bloggers, a provoqué de nombreuses réactions...

Parfois très intéressantes, parfois surprenantes (l'arrêt momentané du blog de l'illustre Eiffel, bien qu'heureusement mon billet n'était qu'un des nombreux éléments qui a abouti à sa volontaire mise en "quarantaine").

 

Il est vrai que cette très simple question, fondamentale, n'est pas simple à affronter. Car elle renvoie à ses propres valeurs, voire sa propre morale, et même au sens de sa vie.

 

Ouch...

 

Vu comme ça, qui a vraiment envie d'affronter profondément cette question ?

 

Je vais tenter l'exercice. En vous rappelant que ce n'est que mon point de vue, avec mon propre vécu, mon caractère, mes expériences heureuses et malheureuses, et du haut de mes 48 ans...

 

Comme le dit très bien Xewod, dans un des commentaires de ce billet-ci, la pyramide des besoins de Maslow est un bon point de départ. Ce modèle est un peu controversé, mais m'aide à comprendre quels sont mes besoins personnels pour assurer ma survie et mon bien être... Tout un programme !

 

Les besoins vitaux et psychologiques sont donc les moteurs de tous ce que l'on décide de faire en ce bas monde... Aucune passion n'est futile ni anodine, car comblant systématiquement l'un des besoins constitutifs de la nature humaine.

 

Pour simplifier et ne pas écrire un bouquin entier (...), je vais parler des plaisirs que je retire du poker. Car quand on comble des besoins on en retire du plaisir (exemple pris vraiment au hasard: la reproduction).

 

Et quand le plaisir n'est plus là, on change, on arrête, on zappe, on chamboule, on bifurque. Comme je suis dans une période "poker", après avoir connu des périodes "windsurf" ou "golf", je vais donc parler du plaisir à jouer au poker... Mais cela aurait tout aussi bien pu être une autre passion. Vous seriez entrain de vous délecter de lire le blog de LePenseur, joueur mordu d'échec par exemples; ou encore de LeCalme expert en Scrabble; ou LeCon grand bâtisseur de cathédrales en boîtes d'allumettes. (On l'a échappé belle).

 

 

 

Mes plaisirs à jouer au poker sont (ouverture de l'enveloppe scrtich,scritch):

 

 

Le plaisir de la compétition

 

C'est le plus gros plaisir que je retire du poker, et c'est sans doute pourquoi je n'arrive pas à pratiquer le cash game. Je me rappelle encore des sensations de mon tout premier tournoi de poker online, le 12 mars 2006 sur PokerStars déjà. Une (magnifique...) 243ème place sur un $5.50 avec 1'099 participants. Pas très loin de l'ITM d'ailleurs !

Avec un plaisir intense que seuls les compétitions peuvent amener. Et premier gain après 9 tournois, sur un satellite à 3$+R (déjà!) et un ticket à 215$... Que j'ai joué pour mon premier Sunday Million trois jours après !!!! Wow, belle gestion de bankroll... Quelques jours plus tard je jouais d'ailleurs un 530$ également gagné sur un satellite (sat curieusement pas tracké à l'époque sur OPR).

Bref, si ma gestion de bankroll c'est depuis bien améliorée, et quelques illusions (celles de gagner le Sunday Million) bien enterrées, le virus de la compétition avait pris, sans jamais s'épuiser depuis ce mois de mars 2006.

A bien y penser, mon besoin de compétition, et donc d'estime de soi, n'était plus que très partiellement comblée par quelques tentatives désespérées en golf, ou par procuration (c'est également l'époque de mes débuts de supporter de mon équipe de hockey, après la faillite de notre équipe du Servette FC).

 

Ce plaisir à participer à des compétitions, je le dois à une enfance certainement poussée vers la performance. J'étais premier de classe, presque surdoué en français, le meilleur en sport... Bref un besoin de reconnaissance énorme. Pourquoi plus que la moyenne ? Je n'en sais rien, et je doute qu'un psy puisse m'apporter une réponse (je ne crois guère à leurs discours, que les psys qui me lisent veuillent bien me pardonner et qu'ils commencent mon analyse en se basant sur ce billet !).

 

Mais dans la quarantaine, le sport ne pouvait plus m'apporter ce plaisir de la compétition, certes un peu ridicule, mais qui est un de mes plus gros moteur pour avoir du plaisir... Le poker online m'apporte ce dont j'ai besoin sur un plateau, dans mon salon, à volonté !

 

Le poker est d'une telle richesse. Et surtout admirablement bien adapté à internet. Et bon, j'étais un peu trop vieux pour World of Warcraft quand même !!!

 

En résumé: compétition = plaisir dû à l'assouvissement du besoin d'estime de soi. C'est un brin stupide, mais cela explique aussi pourquoi de nombreux sportifs ayant finis leurs carrières se mettent au poker.

 

 

Le plaisir de progresser

 

Pour comprendre ce moteur essentiel à l'assouvissement du besoin "accomplissement personnel", le golf est un excellent exemple. La formule de handicap permet à chacun d'avoir une échelle de progression claire et surtout très stimulante. On commmence à 36 (maintenant c'est plus mais bon ça change rien), avec l'objectif de progresser par raport à ce niveau. Cette formule a comme immense avantage d'être très encourageante en phase de progression. Passer de 36 à 30 est enthousiasmant au début, alors même qu'un handicap de 30 est en valeur absolue assez médiocre...

 

Mais c'est bien la preuve que le plaisir de progresser est également un joli moteur positif, source de plaisir intense dans notre existence. On peut progresser en sport, mais également dans tous les autres domaines. Toutes les passions ont cela en commun que généralement on s'améliore. Tout devient intéressant puis passionnant si on progresse rapidement. Peu importe que vous soyez passionné par les fléchettes pour manchots, le billard avec boules de bowling, ou que vous collectionnez les plaques d'immatriculation du Lichtenstein pour l'année 1983. Toutes les passions même les plus incongrues sont ... passionnantes, du moment que l'on progresse.

 

(Aparté)

C'est d'ailleurs pourquoi il est si dramatique de ne pas encourager tant et plus les élèves à l'école. Mais de les noter souvent lâchement et sans vraiment d'explications, et de ne faire progresser alors que les deux ou trois élèves chanceux qui, par hasard, ont eu droit au bon patrimoine génétique (pincée de calme et de concentration). Qualités indispensables pour pouvoir subir des dizaines d'heures indigestes de cours données par des professeurs, eux-mêmes frustrés de n'être pas à leur tour encouragés et remerciés par leurs propres élèves... Pas très clair, mais les rares profs à avoir compris ce cercle vicieux sont les seuls à être véritablement des enseignants, et non pas des donneurs de leçons !

(fin de l'aparté)

 

Bref, progresser c'est cool, en terme plus intuitif !

 

Au poker c'est même jouissif, car on voit les résultats rapidement. D'où mon plaisir évident à trouver des nouveaux tournois, de nouveaux formats, de les comprendre, de les décortiquer et d'essayer de vaincre de nouveaux challenges.

 

Il est clair que si je ne progressais plus au poker, il est inéluctable que je passerais à autre chose. Quand on pense à avoir fait le tour de la question, ce moteur puissant et motivant tombe en panne. Les joueurs de poker qui jettent l'éponge en sont souvent victimes.

 

Comme j'ai encore visiblement beaucoup à apprendre, le plaisir de progresser est encore là pour un bon moment ! C'est l'avantage de ne pas être trop bon trop vite...

 

En résumé: progresser = plaisir car assouvissement du besoin de la réalisation de soi.

 

 

Le plaisir de l'appartenance

 

C'est un plaisir qui n'était pas présent dès le début. En commençant le poker, je ne pensais n'y à écrire un blog, ni à m'inscrire dans un forum ou un club. Ce besoin est arrivé une année plus tard. Car il est vrai qu'au poker online on se sent vite un peu seul devant son PC. Surtout qu'il est difficile de parler de sa passion dans la vie de tous les jours, le poker étant encore vu comme distraction inutile voire dangereuse (mais c'est un autre sujet...).

 

La création de mon blog en toute fin d'année 2007 a tout changé. Le besoin d'écrire et de communiquer ma passion se sont naturellement imposés sous la forme d'un blog, alors que je n'étais absolument pas un adepte jusque là des moyens de communication sur internet. J'ai appris sur le tas...

 

Très étonné d'avoir des lecteurs immédiatement, par l'inscription sur le site blog and poker, qui a immédiatement boosté le nombre de mes lecteurs. Et par ce nouveau moyen de communication imprévu j'ai comblé inconsciemment mes besoins d'estime de soi et de reconnaissance... On n'en sort pas !

 

Petit à petit la sensation de faire partie à un groupe, celui des bloggers plus que celui des joueurs de poker, se révèle également source de plaisir. Une de plus !

 

J'ai lu quelque part (je sais plus où) que j'étais un des plus vieux bloggers de poker... Oula. Le temps passe vite, trois ans dans ce monde est visiblement une éternité ! Amusant, mais ça fait un peu peur tout de même...

 

Apparenance à un groupe = besoin comblé en partie par ce blog et par les échanges qui lui sont liés.

 

 

 

Le plaisir de changer d'identité pour décompresser

 

Souvent je dis à mes collègues de travail à la fin de la journée: je vais maintenant m'occuper de mon autre moi !

 

Oui, c'est un aspect curieux du poker online. Je change presque tous les soirs de nom: de Pascal à Lesage. D'une vie assez stressée mais intéressante, à une autre occupation avec des règles complètement différentes et une autre identité...

 

Je comprends mieux pourquoi les joueurs de jeux vidéos de type World Of Warcraft peuvent en retirer tant de plaisirs... Hélas c'est sans doute la partie la plus addictive et certainement la plus dangereuse. Car il faut se méfier comme de la peste de la possible fuite dans un autre personnage en réponse à des difficultés personnelles.

 

Si j'avoue avoir été un peu victime de ce penchant la première année, je pense maintenant avoir trouvé le juste équilibre. Mais il est vrai que mon âge m'a aidé. Si j'avais 20 ans, sans travail et sans liens familiaux solides, le poker pourrait être beaucoup plus dangereux.

 

Mais quel plaisir, de pouvoir le soir, oublier un temps le rythme trépidant d'un commerce, et de rentrer dans la peau de Lesage, joueur de poker online, avec quelques tournois devant soi...

 

Plaisir de la double vie ? Double identité ? Sans doute le besoin de l'estime de soi une fois de plus à assouvir.... Mais un plaisir à contrôler sans cesse, pour ne pas fuire les réalités...

 

 

Le plaisir de gagner des sous-sous

 

Ce plaisir là est plus virtuel que réel dans mon cas. Car même si je suis enfin un joueur gagnant sur tous mes comptes et dans tous mes challenges, c'est plus pour alimenter mes bankrolls que pour en vivre !

 

Mais il serait faux de ne pas voir l'argent comme un moteur. Quel joueur de poker ne rêve-t-il pas à pouvoir changer peut-être un jour de niveau de vie grâce à un rush sur un gros tournoi ? Ou au moins gagner une jolie somme de temps à autres ?

 

Ce que j'ai gagné de plus important jusque-là est presque anecdotique sur une vie, même si la semaine et le package EPT de San Remo à 8'000$  de l'année dernière a été consommé, et non pas seulement servi à faire grossir ma bankroll. J'en garde un  excellent souvenir, définitivement inscrit dans ma colonne "profit" de ma carrière de joueur de poker !

 

Ce plaisir d'avoir l'espoir de gagner peut-être un jour une grosse somme est évidemment lié au besoin de sécurité. Pour les amateurs que nous sommes presque tous, l'avantage est bien sûr d'avoir déjà une autre source de revenu. Heureusement d'ailleurs ! Ayons une pensée pour les pros qui doivent absolument gagner leur vie au poker, dans l'insécurité inhérente à leur métier...

 

Si je mets ce point en dernier, c'est parce que de mon stricte point de vue, c'est l'élément le moins important. Sinon je ferais du cash game ou des STT.

 

Mais je ne juge pas ceux qui en font une priorité: après tout gagner de l'argent reste dans sa vie quotidienne une priorité pour presque tous ! Et peu d'entre nous peuvent arriver à cet objectif avec une activité réellement plus intéressante que ce jeu... Il y a sans doute 90% des métiers qui sont moins passionnants que de jouer au poker...

 

C'est pourquoi ceux qui désaprouvent comme choix de vie les joueurs de poker pros, au lieu de créer quelque chose de plus intéressant, ne sont certainement ni caissières chez Carrefour, ni comptables chez Madoff, ni vendeurs chez Prisunic, ni employés chez BP ! (Bien que l'on puisse être parfaitement heureux dans ces métiers, mais avec une ou deux passions en annexe je pense...)

 

C'est une question de survie, une fois de plus...

 

 

OK.

 

J'en ai fini de ce pavé presque indigeste... Je m'étais engagé à rédiger ce billet. Pour vous avouer tout, j'ai fait des dizaines de brouillons, sans que j'en sois satisfait pleinement, que dis-je partiellement !

Cette dernière mouture n'est pas parfaite, j'en suis conscient. Mais c'est parce que le sens de ce que l'on fait ou ne fait pas, dans sa propre vie par définition unique et toujours différente de celle du voisin, n'est pas facile à identifier clairement.

 

Et renvoie à de multiples expériences heureuses et malheureuses passées, trop intimes et qui n'intéressent personne d'autres que soi-même.

 

Ce dont je suis convaincu: il ne faut pas avoir honte de jouer au poker, même avec un peu trop de passion. Car si ce n'est qu'un jeu, il permet de répondre à certains besoins fondamentaux ou refoulés.

 

Qui peuvent être assouvis par d'autres moyens ! Heureusement, car si tout le monde jouait au poker, je ne pense pas que nos sociétés en ressortiraient meilleures ou/et plus morales...

 

Mais c'est un moyen comme un autre, très stimulant intellectuellement, et bien plus que de nombreuses autres activités très honorables, d'arriver à trouver du plaisir dans sa vie.

 

Pour un temps seulement pour la grande majorité d'entre nous. Les plus tenaces, ceux qui ont le plus envie de progresser, tiendront plus longtemps (risque ou chance...?). Les autres trouveront un autre "truc", une autre passion, pour assouvir leurs besoins d'êtres humains...

 

Tout simplement.

 

 

À la question "Pourquoi joues-tu au poker ?", il serait aussi possible de répondre plus facilement comme un enfant :

 

"Parce que !".

 

Plus rapide, et tout aussi efficace que de pondre ce billet, je le concède...

 

 

Bon je retourne chez mon psy moi...

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

maquickoiulle 05/01/2015 16:51

YOLO

D8 01/06/2010 10:41



Je crois que je devrais aussi choisir ce thème pour mon prochain post..!


Pas étonnant que tu sois ami avec Stefal, tant vos points communs sont nombreux..



jeeby2 30/05/2010 20:01



Joli billet Lesage, tout en sagesse et en équilibre, le ying et le yang.



Carlit 30/05/2010 19:08



Tu m'as donné envie de participer à la discussion, sur ce jeu ambigü


http://lecarlit.blogspot.com/