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Publié par LeSage88

Je reprends le récit au diner-break. Magnifique buffet. Tant mieux, l'appétit est revenu. Je partage le repas avec les deux français (de Reims), dont l'un ne fait qu'accompagner son cousin qualifié sur Pokerstars (en commençant par un 2$ rebuy !!). Comme les spectateurs ne peuvent toujours pas accéder à la salle du tournoi, ma femme et le cousin non-joueur ont passé un peu de temps à discuter ensemble. (Discuter seulement, hein !).

 


Moment très agréable où je sens la pression intense diminuer un peu. Le Français qualifié possède un short stack de 4k, il va devoir prendre des risques ! J'apprends que plusieurs pros sont déjà out, dont Annette_15, Greg Raymer (qu'il est énorme celui-là), David Kitai et ManuB, ce dernier sur un coup plus que discutable (voir forum Club Poker). Pour le défendre, ces champions tentent de monter des tapis importants le plus vite possible, alors que nous, pôvres amateurs, essayons de survivre le plus longtemps possible.


Mais mon idée est toujours la même: finir le day 1 avec un stack de 20k. Il va falloir que je bouge. Mais je peux encore attendre quelques levels. Et avec un peu de chance, ma paire d'as va bien finir par arriver. (Mais elle ne viendra jamais, pas plus que les rois…)


Cible privilégiée: le deuxième Russe qui me paraît le seul joueur capable de s'envoyer en l'air sur un coup mal joué. Et il est placé au bouton quand je suis au BB. Cela peut-être idéal si je touche du jeu dans les blinds…


Retour du break. La moitié des joueurs ont mangé, pendant que l'autre moitié continuait de jouer un level complet. Mon level 5 se passera dans une ambiance générale plus calme. Vu de l'extérieur, quand on regarde le fourmillement de la salle, avec les organisateurs, les journalistes, les joueurs qui se lèvent pour commander à boire (pas de service à la table !!), c'est un peu le gros bordel…

Pourtant, assis à la table, la bulle est créée. On n'entend pas grand chose du monde extérieur. C'est sans doute évident pour vous, joueurs de poker en live. Pour moi, c'est une surprise. J'avais peur d'être déconcentré par pleins de détails, le bruit, les mouvements des TV et des médias, en fait je suis resté beaucoup plus concentré que lors de mes parties online… Il est vrai que l'enjeu n'est pas vraiment le même !


Nouveau croupier. Ce level 5 sera card dead pour moi. Seul coup à noter: j'ai AJ dépareillé. Trois joueurs limpent (hyper rare). Je suis au BB, et je décide de checker (AJ : bof). Flop: rien. Tout le monde check. Turn: rien. Idem, check généralisé (j'hésite à relancer). River: rien pour moi. Check, check, check. Bon, il semble que personne ne soit intéressé, je relance de la moitié du pot (cela me paraît le plus logique pour faire penser que j'ai vraiment touché quelque chose), et tout le monde folde.


Cela confirme que mon image est maintenant bien établie…

Je stabilise mon tapis, pendant que plusieurs joueurs à ma table se font éjecter. Et chaque fois sur un bad beat… Les plus gros tapis sont donc chez ceux qui ont eu le plus de chance… C'est ça le poker de haut niveau ? J'espère que ce scénario n'est pas le même sur toutes les tables…

D'ailleurs les trois meilleurs joueurs sont éjectés, et remplacés par des Ritals. Je ne connais pas encore le taux d'Italiens dans cet EPT, mais à ma table c'est maintenant du 70% !

Level 6. Les ante font enfin leur apparition ! Les blinds sont à 150/300 et ante 25. Mon tapis de 7k et quelques n'est pas encore désespéré, mais je n'ai plus que trois niveaux pour essayer de faire décoller mon stack…


Je commence à relancer assez souvent avec des mains plus marginales en bonne position. Comme QJ, ou KT. Dans le but de voler le pot, ou si je suis callé, d'aller voir le flop avec une main potentiellement à accident. Mais tout s'équilibre: les coups où je dois me coucher sont compensés par les quelques vols réussis… Mais toujours aucune main jusqu'au show down !


Le jeu se durcit. Aucun tapis n'est énorme, mais les plus gros tapis sont à ma gauche, ce qui n'est pas idéal. Le Russe double son tapis sur le coup décrit avant, et fait tilter l'Italien de service après son bad beat (éliminé peu après). Notre ami soviétique, certainement le joueur le plus loose de la table, est désormais à la tête d'un joli tapis. Il va se mettre à relancer une main sur quatre. Et va voler mes blinds chaque fois que cela est possible.


J'attends mon heure. Je stabilise toujours mon tapis, qui oscille entre 6k et 8k500. Je n'ai pas envie de descendre plus bas. Je me mets même all-in pour la première fois du tournoi avec AQ en main, sur un flop raté, contre un joueur qui m'avait sur-relancé pré-flop. Il se couche en une fraction de seconde…


Fin du level 6, on annonce la dernière main à ma table avant un break de 15 minutes. Je vois ma femme à quelques mètres seulement (les spectateurs peuvent enfin accéder à une partie de la salle de poker).

Je me réjouis de prendre ce break, et regarde rapidement ma main pensant en avance la jeter, mais, j'ai AQ assortis… Certains joueurs partent rapidement de la table, je suis au bouton, et le joueur au BB est toujours le même, le meilleur à cette table, et qui m'a déjà 3 betté quelques fois.


Je ne suis pas dans l'état d'esprit de tout risquer, juste maintenant (mentalement j'étais déjà en pause…). Mais évidemment je relance avec cette belle main (personne n'est rentré dans le coup, tous sont pressés de quitter la table.

Relance standard (2.5BB). La SB se couche. Et la BB me… 3bet ! Grrr. C'est peut-être le genre d'occasion que j'attends, mais c'est contre le meilleur joueur de la table. Je paie sa relance. Flop de petites cartes, sans aucun coeur. Je checke, il bette, je folde… C'est weak, c'est vrai. Mais cette main était au mauvais moment, quand je n'y étais plus.


A noter: ne pas quitter mentalement la partie, même en dernière main avant un break !!

Pause donc. Le Français de Reims est out. Il me souhaite bonne chance. Je lui dis que je vais tenter dès la première occasion favorable de doubler mon tapis. Viser le day2 ok. Mais y arriver avec moins de 20k, je ne vois pas vraiment l'intérêt. Sauf pour mon ego. Mais tout le monde s'en fout du day2. Le but est d'aller plus loin encore. Je n'ai pas sauté trop tôt, l'honneur est sauf. Maintenant je vais essayer de gagner quelques gros pots !

Retour sur le champ de bataille.


Level 7. 200/400  ante 50.

Le dos est douloureux (pas l'habitude d'être assis sept heures de suite). Mais je ne suis pas du tout fatigué, et ma concentration est intacte. Meilleure que jamais même ! Je suis prêt à passer à l'attaque, bien décider à décoller.


Quelques mains. Des poubelles.


Puis au BB, je reçois une paire de 10. Situation intéressante, une de celles que je cherche.

Tout le monde jette ses cartes. Le jeune Russe, au bouton, relance de 3BB, comme prévu. Son panel de mains est presque any 2. Le supporter de la Lazio de Rome (je crois), toujours aussi passif et weak, complète sa blind pour payer la petite relance.


La voici l'occasion que j'attendais. Le supporter à l'écharpe de foot, ne paiera pas une grosse sur-relance de ma part, c'est quasi certain. Et pour le Russe, il peut payer avec des mains comme n'importe qu'elle paire, les grosses cartes, tous les as (il l'a fait récemment), et même des connecteurs (fait également). Il me couvre largement, et donc il y a pas mal de chance qu'il paie une simple sur-relance.


Pour améliorer ma fold-equity, une relance all-in me semble indispensable. Si c'est une tentative de steal (très probable), ce sera un re-steal dans les règles de l'art. Et s'il paie tout de même, un coin-flip est probable. Suis-je prêt à prendre ce risque ?


Oui, car avec une fold-equity existante, ou un coin-flip possible, c'est un move qui me paraît EV+. Et mon tapis ne peut plus se permettre d'éviter de prendre des risques sur des coups EV+. Je pense même pouvoir être contre une main plus faible comme A-10, qui me permettrait d'être largement favori pour doubler enfin…

Ok. Let's go. Je décide de risquer mon tournoi pour la première fois en sept heures de jeu. C'est le moment opportun.


J'hurle:
BANZAIIIIIIIIIIII….

(Note pour mes lecteurs: je reste en fait impassible, mais un japonais, dans ma tête, est entrain d'hurler aux commandes de son coucou qui vise le navire ennemi !)


I'm all-in !


Boum, boum, boum. C'est quoi ce bruit dans le casino aussi fort ? Punaise, ce sont les battements de mon coeur qui résonnent dans ma poitrine…


Le Russe me regarde à peine, et me paie sur le champ ! Le small blind se couche comme prévu.

Voilà, pour la première fois en 7 heures de jeu, je vais montrer mes cartes !

Et le Russe retourne AQ de piques… Pour un fois, il n'avait pas une vraie poubelle. C'est donc bien un coin-flip. Mais avec les ante, les relances et le tapis payé, c'est un pot de 15k qui est en jeu. Enfin un gros pot ! Mais mon EPT peut s'arrêter brutalement…


Le reste vous le savez déjà. Le flop avec de petites cartes, mais deux piques… Ce qui donne 15 outs au Russe ! La turn est une doublette d'un 9. Je repasse à 70% de chance de réussir mon décollage de tapis.


J'y crois.


River. Un 3 de pique  ……………………………… !


C'est fait. Premier coin-flip. Échec.


Le croupier se trompe. Il m'attribue le pot (sa seule erreur). Aurais-je mal vu ? Non. La flush est bel et bien rentrée à la river.

Je me lève, lance un timide good luck, et m'en vais rejoindre ma femme.


C'est fini. Certes un peu frustré de ne pas avoir réussi mon coin flip. Mais avec mon jeu très tight, il fallait que j'en réussisse quelques uns pour aller plus loin. Je voulais éviter des coups dominés, de type AQ contre AK. De ce point de vue, cela a fonctionné pendant 7 levels.

Mais je me répète, en choisissant cette manière de jouer, il me fallait accepter de tenter au moins un coin-flip durant cette fin de première journée, si les dieux du poker me refusaient de me donner un monstre avec le bon timing.


Je n'ai eu qu'un seul brelan, les valets, en début de tournoi (trop tôt), et surtout ni les as, ni les rois…

Ni couleur, ni quinte.


Mais attention je ne me plains pas de mes cartes ! En décidant d'aller voir si peu de flops, il est clair que j'avais peu de chance de toucher un joli monstre… Et surtout, à la grande différence du poker online, mes relances étaient extrêmement respectées !

Respect. C'est ce qui fait la plus grande différence entre un EPT et un tournoi sur PS à 11$….

Et c'est pourquoi, pour mon prochain EPT (je peux toujours rêver), je jouerai un peu plus loose !  Juste un peu, hein…


Sinon, on peut démystifier ces gros tournois. Je pense que n'importe quel joueur qui a l'habitude de faire des MTT online deep, peut s'en sortir et même aller, avec un peu plus de réussite, bien plus loin dans le tournoi.

La moyenne des joueurs savent jouer, mais il y a tout de même quelques spécimens extraordinaires, à pêcher sans modération ! Et le jeu à ma table n'a pas été flamboyant… Aucun move ou lecture de génie à noter pendant mes 7 niveaux… A la limite mon “foldage” de valets sur un flop de petites cartes, était plutôt hors norme.


Alors un conseil: tentez des sats pas trop chers, de temps à autres, pour vivre cette expérience au moins une fois. Vous aurez peut-être la réussite de passer un coin-flip au bon moment, et ressortirez avec une belle expérience sur plusieurs jours, ou mieux encore…


C'était Lesage88 de retour sur les 11$ online… mais en direct depuis sa superbe chambre de San Remo (et pour encore 4 jours !). Je n'aurai pas tout perdu…

Commenter cet article

D8 27/12/2011 16:23


je relis pas, je lis!


Faut dire que t'imagines pas comme je me branle la nouille au bureau...

lesage 27/12/2011 16:14


Premier et dernier gros event live. Pas facile avec mon commerce de me libérer... Faut-il le rappeler: je me suis qualifié sur le freeroll des World Bloggers, cela n'arrive pas tous les jours ce
genre de chattage...


Tu relis mes archives?

D8 27/12/2011 15:32


Trés sympa ton compte rendu en 3 parties..


a l'époque les ept n'avaient que 10.000 jetons, c'était franchement délicat. Le mode ça passe ou ça casse.. J'en avais fait les frais à deauville en passant de 10.000 à 500 jetons dès la première
main!


T'en as pas refait depuis, t'as jamais essayé de te requalifier?