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Publié par LeSage88

Deuxième partie de mon EPT de San Remo.


J'écris depuis ma chambre d'hôtel. La déception est maintenant réelle, car je pense être passé très près (un coin-flip, le seul tenté !) d'une qualification pour le day 2. Mais j'ai beau refaire mentalement l'historique des mes décisions, selon le type de poker que j'avais décidé de jouer et en fonction de mon inexpérience totale en tournoi live de cette importance, je ne vois pas de grosses erreurs (sauf deux erreurs involontaires de débutant, mais sans conséquences, voir plus bas !).

 
Première main du tournoi, première poubelle foldée, disais-je dans le précédent billet. Tant mieux, car comme gros débutant en live, il fallait que je comprenne un peu les habitudes. Les montants des relances standards par exemple. Et observer le style des joueurs à ma table.

Comment jouent-ils, d'où viennent-ils ?


En commençant par ma gauche: un jeune allemand qui joue serré, mais qui prendra des risques à tapis, dont une paire de valets qui craquera une paire d'as…

Puis un italien, bon joueur qui effectuera plusieurs fois un 3 bet contre mes relances. Ennuyeux, il a la position sur moi, et il sera là jusqu'au bout de mon tournoi.

Puis un autre allemand jeune aussi, mais expérimenté (chips tricks…). Puis un italien qui s'avérera le joueur le plus loose de la table, mais qui joue très bien. Ensuite un joueur anglophone, sérieux aussi.

Et le russe… Incroyable fish fortuné, on reviendra sur son cas très rapidement. Un très jeune italien, avec une écharpe d'une équipe de foot (Roma je crois), très très weak, et encore moins expérimenté que moi il me semble (pas mal d'erreur de relances). Et enfin juste à ma droite, un rital qui jouera quasiment aucune main, jusqu'à sa paire d'as craquée par les valets de mon autre voisin…


Pour finir ce tour de table, le premier croupier est très jeune et très tendu. Difficile métier… Il sera remplacé par une jeune et très mignonne “croupière”, puis par d'autres. Environ un changement par level.


Croupiers très expérimentés, qui corrigent immédiatement les erreurs. Pendant mes sept heures de jeu, une seule grosse bourde: quand un joueur avec une paire de rois en main, voit sa main muckée, car le croupier croyait avoir vu la main foldée… Comme les cartes n'étaient pas protégées, rien à faire pour le joueur… Qui a protesté, a appelé un des directeurs du tournoi (sans rien pouvoir changer), mais a réussi à ne pas tilter…

J'ai lu que, par hasard, un autre problème identique a eu lieu sur une autre table (voir forum Club Poker Day 1A). Pourtant, la différence des couleurs du tapis (bleu foncé et bleu clair) de la table indiquait très clairement la limite. Pas trop compris pourquoi le joueur avait placé ses cartes à l'extérieur de cette zone…


J'ai noté: toujours protéger ses cartes.


Bref, le décor est posé, première main donc…


Je folde, soulagé, d'autant plus que le Russe en UTG relance déjà… C'est payé par deux joueurs, le flop est anodin, et le Russe envoie 2'000 jetons (pot dans les 300) ! Tout le monde se couche, et notre Soviet montre son gros bluff (de type Q high…). Avec une tête très impressionnante: énormes lunettes de soleil, chauve mais de type “lustré au polish”, et possède une énorme Rolex en or de type “bling-bling” puissance 1'000…


La caricature du flambeur qui n'en a rien à foutre des 5'300 euros qui doivent représenter pour lui une petite heure de trafic mafieux à Moscou !

Toute la table se regarde, avec un petit sourire crispé… Qui va avoir l'honneur de lui prendre tous ses chips ??


Les 30-40 premières minutes vont se dérouler en fonction des décisions du Russe. On joue au poker normalement quand il ne rentre pas dans le coup, mais quand il relance, soit tout le monde se couche (par crainte de l'accident, c'est dangereux un tel fish agressif), soit un seul joueur le suit (il ne sert à rien de sur-relancer sans monstre en main, car le russe partirait à tapis certainement…).


Ce qui devait arriver fini par arriver: une relance à tapis du Russe avec une main comme KJ (je crois) sur un flop comprenant un roi, contre un AK. Mais ce n'est pas moi… malheureusement. Pas de miracle: le Russe saute après moins de 40 minutes, sans dire un mot, méprisant même, en claquant la porte (bon y'avait pas de porte à proximité, mais s'il y en avait une, il l'aurait fracassée…) !


Quel clown ! Pourtant il ne sentait pas la Vodka…


Pourquoi est-ce que ce genre d'individu s'inscrit à un EPT ? Mystère… Sans doute pense-t-il que le poker est un jeu de hasard, comme les autres jeux de ce casino. Mais il faut vraiment être masochiste pour se ridiculiser à ce point…

Bref, mon tournoi peut enfin commencer sérieusement…


En participant à quelques coups (AK et QQ ), sans la présence du Russe, je m'aperçois que mes relances sont respectées, que tout le monde est très prudent, et qu'il va être certainement difficile de monter des jetons… Mais j'ai tout mon temps !


J'ai un plan très simple: je ne peux pas me permettre de faire des moves risqués trop vites, car je n'ai pas envie de sauter durant les premiers levels, tout simplement. Il y aura huit levels pour passer ce day1. J'essaierai de ne jouer pré-flop qu'en relançant, et cela élimine déjà toutes les mains difficiles à jouer… Je respecterai cette technique, et n'effectuerai aucun limp-in de tout mon tournoi ! D'ailleurs, tous mes pots gagnés le seront sans montrer mes cartes !


Donc en suivant mon plan de jeu, si je suis encore là vers les levels 6/7/8, et l'apparition des ante, j'essaierai alors d'être plus incisif et tenterai de doubler, voire plus, mon tapis. Évidemment si une bonne occasion, très sûr, se présente pour monter des jetons, je ne me ferai pas prier ! Pour avoir une petite chance d'aller très loin, un tapis de 20'000 jetons est presque indispensable (30k c'est mieux) au début du Day2.


Donc stratégie de survie, en gardant un tapis correct si possible (ne pas descendre sous les 6-7k), et trouver la bonne opportunité de monter des jetons en forçant le destin dans les derniers levels de la journée.

Bien sûr, il serait encore plus simple d'avoir une paire d'as contre une paire de rois pré-flop, mais ne comptons pas trop sur les Dieux du poker…


J'avais acheté un petit carnet à spirales, pour noter mes mains importantes… Pour rien ! Je n'ai pas réussi à me forcer à prendre des notes. Trop d'éléments nouveaux à analyser, et une concentration totale de chaque instant, m'ont vite fait abandonner cette première idée. Les coups que je vais décrire ne sont donc pas 100% précis, mais suffisamment pour comprendre mes prises de décision…


Première belle main:AK. Qui ne prends que les blindes. Mais c'est la 4ème main, mon tapis est donc un peu au-dessus des 10'000 de départ ! Puis une paire QQ. Relance et cbet sans résistance sur un flop dry, me voici vers les 11'000 jetons très rapidement. Puis plus rien de jouable, selon mes critères extrêmement serrés…


Deuxième level. Très vite une paire de valets. Relance 3BB. Un troisième valet au flop ! Je ne prends pas de risque, et surtout je reste logique avec ma manière de jouer, mon cbet ne rencontre malheureusement pas de résistance….


Je dois être à 11'500… Ma table joue depuis la fin de la période russe, très tight. Personne n'a envie de prendre des risque. Je suis patient, et s'il faut jouer comme cela durant de nombreuses heures, et bien ça me va !

Un autre russe prend la place de son compatriote… On a joué très longtemps à huit, les éliminations sont encre très rares. Il possède un joli tapis. Il a le visage très pâle, l'air amorphe. Il est très jeune, me semble-t-il.


Il aura beaucoup d'importance sur mon destin…


Ce Russe relance l'action à table, car s'il joue mieux que l'autre énergumène, il se montre tout aussi agressif. D'ailleurs rapidement, sur un flop avec 2 rois et deux piques, il annonce all-in… Mon voisin de gauche, le jeune allemand, est encore dans le coup. Il réfléchit longuement. Je suis persuadé qu'il a un roi en main, mais sans l'as comme kicker. Et craint d'être contre AK…

Il finit par prendre sa chance et paie le all-in du russe (qui le couvre)… L'allemand découvre KQ, et le jeune russe 3 et 4 assortis (à pique) !!! Wow, move très risqué… Turn et river ne changent rien, et notre jeune homme est quasiment mort avec quelque chose comme 1'500 jetons. Sacrés joueurs ces soviétiques…


Mais à force de coup chanceux, notre soviet va remonter de manière extraordinairement chanceuse. Notamment sur une main improbable: il se met à tapis en bluff avec Q5 et fait face à JJ. Flop et turn ne l'aide pas. Il se lève de son siège, met sa veste. River: dame !! OMG. L'Italien qui a JJ tape violemment sur la table (qui vacille), et le russe muet jusqu'à cet instant, se lance à forte voix dans un discours dans sa langue natale, d'une bonne trentaine de seconde, et évidemment totalement incompréhensible… Bonjour les fous !

Mais je vais trop vite…


Les levels I et II se passent, et je maintiens un tapis assez stable vers les 10'000 du début. Avec quelques petites paires, qui ne trouvent pas leurs sets, et que je dois folder, deux fois une paire de dames, qui n'encaissent que les blinds. C'est tout le problème du jeu tight: dificile de rentabiliser ses bonnes paires…


Première pause de 15 minutes.

Je retrouve ma femme qui n'a pas le droit d'accéder à la salle, dehors sur les marches du casino. Puis un petit pipi. Mais comment faire, il y a deux WC ouverts pour 600 joueurs… Un p'tit coup de bluff par le WC des femmes, et j'arrive juste à temps pour le début du troisième level…

Assez rapidement le croupier me distribue une nouvelle paire de valets ! Relance habituelle, mais depuis le bouton. Cela peut ressembler donc à une tentative de vol de blinds. Cela peut-être très bon pour ma paire, si la BB se défend.


Effectivement la BB décide de caller. Flop: 885… L'Italien donk bet ce flop… Cela me paraît normal de tenter de prendre le pot sur ce genre de flop, et je décide de simplement suivre avec mon over-paire. Turn: une brique (me rappelle plus laquelle). L'Italien continue son attaque. Là ça se complique. Je ne me sens plus du tout en confiance sur ce coup. Mais je paie. Si l'Italien n'a rien, il va peut-être ralentir… River: encore une carte anodine, en apparence en tout cas. L'Italien insiste: il envoie 3,5K (dans un pot qui doit être à 5k).


Aïe. Je réfléchis. Pendant au moins deux minutes. Silence assourdissant à la table. Je sens les pulsations de mon coeur qui frappent. Je bats une paire de 10 et de 9. Ou des petites paires jouées avec une grosse prise de risque. Ou encore un bluff très bien fait, mais très “couillu”. Je finis par me décider de le voir sur une over-paire ou sur un huit. Et préfère garder mes jetons, avec un tapis un peu entamé, mais très jouable (je redescends à 7k).


Aurais-je pu jouer ces valets différemment ? Une sur-relance au flop ne m'aurait pas vraiment fait économiser de jetons, et je n'aurais pu gagner le pot que si le joueur était en bluff total. Selon son profil jusque-là, c'était peu probable. J'étais de toute évidence ou loin devant ou loin derrière. Mais il y avait tellement de mains possibles qui me battaient (AA,KK,QQ, A8 et même 88 et 55) et trop peu que je battais (99 et TT). Comme en plus il avait peut-être défendu sa BB de manière courageuse avec des mains marginales, il n'est pas strictement impossible de jouer alors en défense de blinds avec un petit x8…


J'ai pensé à tout cela pendant ces deux très longues minutes… De mes sept heures de tournoi, cela sera la seule décision où j'aurai vraiment utilisé mon “time bank”. Et je crois avoir pris la bonne décision. D'ailleurs le joueur italien, n'avait pas un air de vainqueur quand j'ai décidé de me coucher…


Level 4. Mon tapis fluctue faiblement autour des 7k. Puis descends même à 6k. Zut. Je reçois alors une paire de dames. Une fois de plus. Décidément mes grosses paires seront les valets et les dames. Je ne recevrai de tout le tournoi aucune fois ni les as ni les rois…


Donc QQ ! Relance payée par un des jeunes allemands. Très solide. Flop de cartes basses pas vraiment dangereuses. L'allemand relance, je décide de sur-relancer, mais je fais une erreur de débutant. Je calcule mal, et j'envoie sur le tapis sans faire d'annonce un jeton de 1'000 qui ne suffit pas comme sur-relance. La croupière me fait comprendre que je ne fais que caller le bet de mon adversaire. Ah oui c'est vrai scuse mi ! (j'ai un peu honte…).


Turn : une brique. L'Allemand checke. Je raise à 1'500 avec deux jetons. Mais je fais ma deuxième erreur de débutant ! Au lieu d'envoyer les jetons d'un seul coup, je les dépose un peu trop lentement l'un après l'autre… Caramba ! La croupière hausse les yeux, et me dit qu'elle ne peut pas considérer ce deuxième jeton… Vindiou, ils sont tatillons je trouve. Mais voilà, je voulais faire oublier mon inexpérience en live, et là en deux fois à la suite je prouve à toute la table que je ne joue habituellement que online ! Cela dit, ce sera mes deux seules erreurs techniques. Je n'oublierai par exemple pas une seule fois de poser mes blinds et mes ante… comme un bon élève qui apprend vite !


Heureusement pas trop de conséquence avec les dames, qui me rapportent tout de même une belle pile de jetons de 100 (et j'ai pensé au conseil de Stefal, de les empiler en érection, ce que j'ai fait en défiant les lois de l'équilibre !).


Fin du level 4. Diner-break d'une heure. Enfin, je vais pouvoir me détendre avec ma femme et deux français (dont l'un s'est également qualifié sur PS). Mon tapis est très proche des 10k, comme si j'avais joué 4 heures pour rien… Mais je n'ai pas pris de risque, et ma seule décision vraiment délicate, a été de folder mes valets.


Le niveau de ma table est honnête, mais ne me pose pas trop de problèmes. La structure me permet de ne m'engager qu'avec des mains fortes, et je suis à la moitié de mon jour 1. Je me tiens à mon plan de marche: les risques seront à prendre à la fin de cette journée, pour essayer de décoller ce tapis.

Mais pour l'instant je dois rester en mode “total prudence”, jusqu'au level 6 en tout cas…

Suite au prochain épisode…

 


P.S. Au moment même de l'écriture de ce billet, je joue en parallèle le 11$ de 21h15 de PS, et je viens de recevoir deux fois les as en quatre mains, pour doubler deux fois de suite… Et dire qu'en sept heures de tournoi à San Remo, je ne les ai jamais reçus…

P.S. (2) Au moment de corriger ce billet, je finis 37ème sur 2'180 pour gagner des clopinettes… (40$). Le vainqueur de San Remo gagnera 1'500'000 euros… Dur, dur de refaire des 11$ online…

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lesage 27/12/2011 16:12


@D8: non je ne jouerais pas de cette manière ces valets sur ce board c'est clair. Avec cette profondeur pas très bonne (à l'époque les EPT avaient une structure trop rapide), actuellement je
pourrais soir relancer au flop, soir call au flop et raise all-in à la turn selon le board. Mais jamais je n'irais voir la river si passivement pour me coucher très weak...

D8 27/12/2011 15:24


Qu'est ce que t'as touché comme jeu c'est hallucinant!


La main avec les valets, je pense que si je prends une ligne ultra passive comme tu as fait, en ne relançant pas le donkbet, c'est pas pour folder river..


Et tu crois vraiment qu'avec un 8 il va pas te check raiser plutot?


est ce que maintenant, avec deux ans d'expérience en plus, tu foldes toujours?


( Quant a le voir sur une paire supérieure c'est peu probable vue l'action préflop)...